
Parce que oui, autant vous l'annoncer tout de suite, ALéATOIRE a splitté un sale jour de juin 2005, le 21, y'a pas de hasard, il faut toujours compter avec l'influence des équinoxes, surtout quand c'est des solstices.
Et finalement, ça ne nous laisse plus aujourd'hui que le temps de la découverte, et un arrière goût qui restera toujours de trop peu. Le goût de l'impro, quoi.
L'impro, justement, parlons en : ce que vous allez écouter là, c'est de l'impro. De la très bonne impro rock, post-rock qui ferait par moments des incartades dans le dub (Qu'ai-je appris ?) ou dans la chanson française (façon cabaret dans la vieille Europe).
De la matière instantanée, de celle qui, naissant du hasard et de la conjonction d'un moment, peut ne jamais se reproduire. Ou ne peut jamais se reproduire, c'est selon. Ne se reproduira plus, en tous cas.
Ne se reproduira plus, justement : ce mariage aléatoire d'une voix presque androgyne, à l'énergie magnétique, posant péremptoirement sur une "profusion de sons et d'images, de sources variées et d'intensités inconstantes, comme si le brouhaha du monde émergeait", des textes taillés dans de la poésie brute. brutale. enragée. engagée.
La voix était celle de Myriam, à qui je tire mon chapeau, et bien bas s'il vous plaît ;
le brouhaha du monde celui de RicoDaHalvarez, à qui j'offre ma culotte, s'il en reste un bout ;
la guitare celle de Milos (à qui j'irai un de ces quatre demander un autographe dans son bar l'Inca -elinca.org- à Bordeaux) ;
les batteries (il y en a eu 7 en tout !) celles de Gwenn (membre fondateur du groupe), de Krimo (dit le boucher -ça fait rêver !- qui officiait dans tous les enregistrements en ligne), de Rafael Bernabeau (dont on peut trouver les compos sur dogmazic.org) et de quelques autres… ;
le pianotage dans certains des premiers enregistrements celui de Marco, fondateur vite disparu du groupe ;
le magma sonore celui de bituur (encore un initiateur de l'asso Musique Libre), qui lors des concerts s'occupait aussi de la diffusion d'images aléatoires (d'où le nom du groupe) concoctées avec RdH pendant leur période v.n.a.t.r.c.? (…cherchez pas tout de suite non plus, c'était une asso qui avait l'air intéressante mais le site est down en ce moment, mais juste momentanément… cherchez pas j'ai dit… Vous N'Avez Toujours Rien Compris ?).
Ne se reproduiront plus non plus : les moments de grâce d'un théâtre funambule où les mots et les sons bataillent dans l'explosion d'un bombardement émotionnel allumé sur la mèche d'un instant hautement inflammable. (p'tain, ça c'est de la phrase… faudrait penser à revendre les droits à télérama…)
Tout ça donne évidemment une identité forte qu'on aurait bien du mal à ranger dans les boites préformatées des genres musicaux ordinaires. Surprenante, dérangeante, et qui prend au tripes. Et autant vous prévenir tout de suite, si vous n'aimez pas, vous détesterez.
Ceux qui accrochent évoqueront Féré (shooté à l'adrénaline pure), Nougaro (période ante-80's débarrassée de toute sensiblerie lyrique), Brigitte Fontaine (qui se souviendrait de ce qu'elle a à dire quand elle ne parle pas d'elle) ou encore Noir Désir (tous homicides restés virtuels)… des noms qui ne seraient finalement de que vagues repères, approximatifs…
Ceux qui détestent sans vraiment savoir pourquoi diront que c'est rien que du sous-noir désir en plus prétentieux avec un côté brigitte fontaine insupportable et qu'en plus ils tapent aussi dans le dub, histoire de ratisser large, et que c'est fondamentalement une musique de drogués, c'est-à-dire du reggae en encore plus chiant. Et puis avoueront, dans un joli sursaut d'honnêteté, que leur rejet est plus épidermique que réellement justifié.
Et comme tout cela n'était, finalement, qu'aléatoire, nous resterons, nous, pauvres mortels, éternellement condamnés :
• à pleurer nos oraisons funèbres en boucle sur les quelques 29 titres que nous a laissé le groupe bordelais, carburant trop rare en ces temps de pensée molle et de perte d’idéal ;
• à nous réjouir qu'ALéATOIRE ait été à la base de l’essor du mouvement de musique libre avec notamment la création de l’association Musiquelibre et du site musiquelibre.org en 2004 (n'y allez pas tout de suite, l'adresse est aujourd'hui cybersquatté par un salopiot qui y a fichu un horrible site de vente de morceaux à 1,15 € plein de pubs toutes pourries) devenu donc de fait le site dogmazic.net ;
• à saluer le fait qu'ALéATOIRE, même défunt restera une composante hautement signifiante dans l’histoire encore récente de la musique copyleft ;
• et enfin et surtout, à aller regarder du côté des nouvelles productions des membres du groupe : celles, tout aussi improvisées, d'O.P.A. (la nouvelle formation de Myriam), ou encore celles d' "Exorciste de Style" et de "Comiçère boulis and doktor pharaon" (ou sévit RicoDaHalvarez).
Article de Pola.K et Jackf
avec un commentaire de Geoffroy...
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