A l'origine, Manra, c'est une formation Jazz qui fait des reprises et des compositions un peu jazzy, un peu funk mais pas trop, avec ce qu'il faut de pop-rock pour satisfaire tout le monde, bref, le genre de groupe qu'on entrevoit une fois par an, au détour d'une rue piétonne pour une fête de la musique quelquonque et sans surprise, le genre de truc qui provoque le petit sourire de sympathie, mais ne laisse pas un souvenir impérissable, et qu'on abandonne pour d'autres horizons au bout d'une paire de morceaux. Jusque là, rien de bien exaltant, vas-tu me dire, toi le lecteur exigeant. Certes. Mais en 2005, Manra lâche du lest, beaucoup : des membres partent, et le répertoire se fait sabrer sans une once de pitié.

De l'ouragan, tel un îlot chétif sur une mer déchaînée, il ne reste qu'un EP. Quatre titres, érigés en manifeste, mètre étalon de la nouvelle orientation du groupe. Désormais ce sera menu unique, rock progressif et post-rock à tous les étages. Quatre titres où le sublime taquine le cathartique, où des visions fabuleuses de mondes étranges et indicibles émergent des languoureuses harmonies guitaroïdes et des furieuses envolées de cymbales aux mailloches. Toi, l'esthète éclairé, qui se reconnaîtra certainement, tu pourras y entendre, entre autres : des jolies voix à la Dead Can Dance, des progressions musicales post-rock, des solos de flûte traviersère (tel un écho à ces groupes fers de lance du progressif des années 1970), des accents de trip-hop et même une ballade folk des plus réussies. En résumé, pour toi, le one minute reader, c'est ce que l'on appelle communément un must have.
Geoffroy
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